Amazonie – Descente de l’Oyapock

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Descente de l’Oyapock en solitaire en novembre 2023.

Un aventurier, c’est avant tout un grand curieux. Alors l’Amazonie était un passage obligé. Après avoir réalisé de nombreuses expéditions dans le Sahara, à 26 ans me lance à la découverte de l’Amazonie en Guyane française. Un biotope qui a façonné mes rêves. C’est au travers d’une quête de simplicité, que je vais me concentrer sur ma sécurité, ma nourriture et mon campement. Entre cascades, orpailleurs et animaux sauvages, l’aventure n’a pas été de tout repos.


Ma préparation

Au fil des années, les automatismes se créent pour la préparation de mes aventures. Cependant la jungle demeurait encore bien mystérieuse. Alors au préalable, j’avais descendu la Loire de sa source jusqu’au Puy-en-Velay sur 6 jours. À travers les gorges et les chutes d’eau, c’était un très bon entraînement pour l’Amazonie. Je me suis aussi habitué à dormir en hamac et à naviguer en packraft (embarcation gonflable légère). Puis sur place, à Cayenne, j’ai passé 10 jours avec un spécialiste de la biodiversité et des reptiles. Il a réussi à m’enlever toutes les idées reçues sur les animaux potentiellement dangereux. Nous avons passé des journées et nuits à pêcher et à débusquer les serpents, araignées, scorpions… Conclusion : ils ne viendront jamais m’attaquer, ça sera mon incompétence qui causera la morsure !


Mon aventure

Pour réaliser ma quête d’immersion totale en jungle, j’ai entrepris la descente du fleuve l’Oyapock, frontière naturelle entre la Guyane française et le Brésil. Pendant 7 jours, je me suis retrouvé seul, cherchant ma subsistance chaque soir en pêchant et chassant. Muni d’une lampe frontale et d’une machette, je traquais les poissons le long des berges. Principalement des aïmaras, un carnassier aux dents épaisses et pointues des eaux douces de l’Amazonie. À défaut de poissons certains soirs, j’ai dû me contenter d’escargots voire même d’une mygale, accompagnés de couac, une semoule locale à base de manioc. C’était un retour aux sources.
Le 3ème jour, alors que je remontais un affluent de l’Oyapock pour pêcher, j’ai cassé ma pagaie. En voulant remonter un saut (enchaînement de cascades), mon embarcation s’est retournée et a violemment écrasé ma pagaie sur un rocher.
Etonnamment , je me suis dit « Ça y est je suis enfin en aventure ! » tenant mon bout de pagaie dans les bras. J’ai donc terminé les 70 km restant en 4 jours avec le morceau de pagaie qu’il me restait. Pour ne pas être trop lent, je me suis inspiré des amérindiens en m’asseyant à l’arrière de mon embarcation telle une pirogue. Optimisant ainsi mes mouvements.


La nature et les hommes

En saison sèche, avec le niveau bas du fleuve, un passé lointain resurgit. De profondes entailles dans la roche refond surface depuis l’Antiquité. Ces traces sont le témoignage des premiers amérindiens. Ils utilisaient les rochers du fleuve pour façonner leurs outils en pierre par des mouvements rotatifs ou rectilignes. Difficiles à dater par l’absence de carbone 14, les estimations assez vagues permettraient de remonter ces traces à plus de 6000 ans. Peut-être que les premiers aventuriers y ont vu la menace d’un monstre terrifiant ? Les voies fluviales sont des moyens de communications ancestraux. Ici, les orpailleurs sont nombreux et peuvent constituer une menace si je les croise dans leur campement au coeur de la jungle. Par contre, sur le fleuve, ils ne pensent qu’à une seule chose : aller le plus vite possible. Je les voyais passer en pirogue motorisée, tous cagoulés. Je les saluais de loin, ils me renvoyaient le bonjour. Tel un jeu du chat et de la souris, je croisais aussi des patrouilles de militaires. Cela me sortait de ma solitude. Mais encore une fois, comme dans toutes mes aventures, la plus grande menace est l’Homme.


La jungle, un retour aux sources

Cet isolement en jungle m’a permis de créer un véritable retour aux fondamentaux où seuls mes besoins primaires comptaient (la sécurité, l’eau, l’alimentation et un endroit où dormir). Une façon qui m’est propre de profiter des choses simples de la vie et de relativiser. Ça m’a permis de réaliser que la vie c’est un peu comme ce fleuve sur lequel je naviguais. Parfois, il faut savoir s’accrocher pendant les rapides. Mais le plus difficile, sont les moments plats, longs et monotones au cours desquels il ne faut pas perdre la tête et rester concentré sur ses objectifs. Cette première expérience a été un excellent entraînement où j’ai pu aiguiser mes compétences de survie qui seront utiles pour de futures expéditions plus engagées, mais cette fois-ci en binôme !